Comment les SUV ont-ils sauvé l’industrie automobile ?

Grosse voiture, manque d’assurance, ce proverbe pouvait s’appliquer à 6% des automobilistes il y a de cela 10 ans, aujourd’hui ce serait 37% des usagers de la route qui seraient concernés par ce sentiment. Le SUV souvent vu comme ringard ou dénué de tout sens pratique jusqu’aux années 2000 est devenu la locomotive de toute une industrie. Les pièces détachées sont chères et les pneus larges, ce qui permet d’alimenter toute la chaîne de valeur, de Michelin à Pirelli en passant par les sous-traitants. Les constructeurs tirent une partie de leur profit des marges monstrueuses qu’ils peuvent tirer de ces pachydermes, soit 20% de plus que pour une berline traditionnelle !

L’histoire des SUV est assez mouvementée : les Sport Utility Vehicle, véhicules bicorps pouvant posséder des capacités tout terrain de remorquage, sont apparus en 1994 avec le RAV4 de chez Toyota. Le concept est simple : proposer des 4×4 urbains offrant une position de conduite haute et des performances dignes des berlines, le tout si possible dans un intérieur haut de gamme. L’idée met cependant du temps à conquérir les acheteurs frileux à l’idée d’engloutir une paire de Stan Smith dans chaque plein. Les SUV peinent à trouver leurs cibles dans une économie à plus de 100$ le baril. Il faudra attendre la fin de la crise de 2008 et la baisse du prix du baril pour assister à un boom du SUV. Avec 1/3 des ventes automobiles, 28 millions de véhicules par an, le SUV devient le fer de lance d’une industrie au bord du gouffre (Détroit).

Plusieurs explications peuvent être données à cet engouement. Premièrement, le downsizing. Là où dans les années 60-70 des V8 de plus de 5L ne pouvaient pas tirer plus de 300 ch, aujourd’hui des 4 cylindres bi-turbo peuvent sortir 420 ch (Mercedes A45 AMG). Dès lors, de plus petits moteurs, consommant moins, peuvent équiper ces géants. De plus, le SUV met en évidence une appartenance à une catégorie sociale. Là où la berline de luxe s’est démocratisée, le SUV reste un produit destiné au marché haut de gamme. Pourtant bien que centrés sur des prix allant de 25k à 100k €, les SUV sont maintenant disponibles dans plusieurs gammes. Le SUV le moins cher en France démarre à 11990 € pour le DUSTER de chez Dacia (Renault) et peut monter jusqu’à 340 000 € hors options pour le Cullinan de chez Rolls Royce. Même des marques jusqu’alors réfractaires à toute idée de SUV ont plié le genou et se sont inclinées comme de simples suiveuses devant les rois des ventes (Ferrari, Aston Martin ou Maserati pour ne citer que les plus faux-culs).

Pourtant dans une économie de plus en plus régulée par les normes écologiques et autres législations socialement responsables, le SUV semble déjà condamné. Et pourtant : avec l’avènement de nouvelles motorisations hybrides disponibles chez Toyota ou Range rover et des modèles déjà passés à l’électrique, il semblerait que ces véhicules soient en fait parfaitement adaptés à une transition électrique. Avec un plancher large et long, une capacité de stockage et de tirage élevée, les SUV sont capables de transporter plus de batteries qu’une berline classique, rendant son format viable dans une industrie en pleine mutation. Les modèles X et autres Jaguar E-Pace montrent la voie dans ce secteur haut de gamme. Pour ce qui est du marché des SUV accessibles le choix reste encore maigre entre les hybrides de chez Toyota et autres nipponnes à motorisation de scooter.

Aujourd’hui, une nouvelle taxe est en train de voir le jour, indexée sur le poids et non les émissions de la voiture. Cette taxe vise directement les SUV et leur prolifération. Tout kilo au-dessus de 1300Kg coutera 1 euro à l’heureux propriétaire de ce gouffre financier sur roues. C’est alors que 40 millions d’automobilistes enragés, déjà à l’œuvre lors du passage à 80km/h, ont décidé d’envoyer une missive à chaque député leur demandant de « ne pas céder aux caprices d’une poignée de Parisiens convaincus que la voiture doit être éradiquée ». Trace d’une fracture sociale encore présente entre petit bobo parisien écolo et provincial aux 1000 et 1 enfants roulant en Kangoo Diesel, le SUV reste un signe d’appartenance sociale qui, une fois qu’il s’est démocratisé, a commencé à inquiéter les classes aisées.

Le SUV est bien plus qu’une poule aux œufs d’or pour une industrie en déclin, c’est un symbole, une idée que nous nous faisons de ce dont nous avons besoin. Dernier survivant d’un consumérisme à l’américaine ou vraie tendance, le SUV n’est pas prêt de disparaitre et encore moins en France où PSA et Renault, bien qu’en retard, sont au top mondial des producteurs de SUV. Dans les années 90 et 2000 la France faisait aussi figure de modèle dans un domaine de l’automobile : le Diesel et ces effets désastreux sur la santé. Avons-nous donc perdu le French Flair?

Dans tous les cas comme dirait VJD « En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées ».

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