Comment établir et pérenniser sa dictature ?

Dix mois de blocage gouvernemental en Espagne. Un Brexit aux conséquences pour le moins floues au Royaume-Uni. Un changement de président aux Etats-Unis après 8 ans de « Yes we can ». Un gouvernement toujours plus impopulaire dans l’hexagone. Difficile de gouverner un pays de nos jours.

Pendant ce temps, d’autres dirigeants coulent des jours plus heureux, loin des tracas électoraux et des guerres par médias interposés avec une ex-femme chagrinée. Et oui, quand certains se confondent en promesses et en racolage électoral, d’autres ont su établir les bases d’une dictature durable et épanouissante (pour eux-mêmes tout du moins). L’équipe du Délit vous donne les clés pour établir et pérenniser la vôtre.

Préparer son arrivée au pouvoir.

A moins d’avoir un lien de parenté avec Kim Jong-un, il semble invraisemblable que votre naissance vous permette d’accéder à la tête d’une dictature déjà établie, il vous reviendra donc la responsabilité de vous approprier vous-même votre dû.

Diverses solutions s’offrent à vous. Vous pouvez pencher pour le coup d’état pur et dur, bien que cette option s’avère être peu commode ; un statut de militaire haut-gradé étant généralement requis. En outre, en cas d’échec, les répercussions seront lourdes, surtout si vous vous en prenez à une République parlementaire, laïque, unitaire et constitutionnelle, comme ce fut le cas en Turquie cet été.

La méthode la plus sûre semble être la fraude électorale. Intimidez votre peuple, glissez un billet ou deux aux responsables des bureaux de vote, débarrassez-vous de vos opposants. Mais essayez tout de même de rester raisonnables : la victoire de Noursoultan Zazarbaïev, le « président » kazakh avec 98% des voix en 2015 ne dupe personne quant à l’impartialité du scrutin. Surtout si vous affirmez dans la foulée que votre pays « ne doit pas être précipité dans son chemin vers la démocratie ». Mais après tout, quand vous possédez 75% des réserves de pétrole de la Mer Caspienne, la communauté internationale vous accorde plus facilement son pardon.

Le maître en la matière reste tout de même Joseph Staline, Père des peuples et dirigeant soviétique pendant 27 ans, qui réalisa la prouesse d’obtenir lors de son élection… 101% des voix.

Affirmer son pouvoir.

            Une fois au pouvoir, l’important est d’y rester. Il en dépendra de votre santé, les peuples opprimés ayant tendance à être peu cléments avec leur dictateur déchu. Trois éléments apparaissent alors comme déterminants dans cette optique.

Il vous faut tout d’abord vous définir un titre qui, non seulement vous place au-dessus du commun des mortels, mais sous-entend également un rôle protecteur par rapport au peuple. Ainsi, le terme de guide fut fréquemment utilisé : El Caudillo pour Franco, II Duce pour Mussolini, Frère Guide pour Khadafi, etc.

Si vous êtes perfectionniste, il vous est également possible de vous octroyer des pouvoirs divins, qui, s’ils sont bien exploités, constitueront un argument redoutable pour votre régime.

 Ainsi Yayha Jammeh, dictateur Gambien et auréolé du titre de « Marabout de Gambie », a été reçu à la maison blanche flanqué de sa baguette magique qui permettrait, entre autres, de guérir le SIDA.

Une fois votre titre affirmé et respecté par vos sujets, vous avez besoin d’un logement digne de votre statut, et bien entendu, du personnel de maison nécessaire à l’entretien de votre modeste demeure.

Ne craignez pas la démesure, même si pour cela vous devez affamer votre peuple à l’instar d’Issayas Afwerki, homme d’état Erythréen, qui en 2009 a refusé les aides internationales pendant une famine car cela « rend les populations paresseuses ». Et surtout n’oubliez pas : rien n’est trop beau pour vous.

            Enfin, élément clé de toute dictature : la répression des opposants. Toute dictature qui se respecte dispose de son lieu de rétention des opposants, où les prisonniers politiques peuvent s’adonner à des activités telles que le travail forcé ou la torture.

            L’ancien régime socialiste soviétique avait ses goulags en Sibérie, Bachar Al-Assad la prison de Palmyre en Syrie, le camp 22 pour le régime nord-coréen, etc…

Financer son régime.

         Une fois votre régime établi, et votre image soignée, vous vous retrouvez relativement vite dans l’obligation de trouver des sources de financement pour vos dépenses ostentatoires ; la fête d’anniversaire de Mswati III du Swaziland à 293 000$ ne s’est évidemment pas financée grâce à une tombola.

            Plusieurs options s’offrent alors à vous. La plus aisée consiste tout simplement à racketter votre peuple : impôts en tout genre, confiscations de biens, tout y passe. D’où la nécessité de nourrir abondamment un culte de la personnalité. Mais quand 60% de votre population vit avec moins de 2$ par jour (comme c’est le cas au Swaziland), bien entendu, vos ressources risquent vite de s’amenuiser.

            Le tourisme peut alors apparaître comme une solution viable. Bien entendu, il est préférable que le tourisme ne constate pas de ces propres yeux tous les rouages de votre régime. Soyez préventif, définissez-lui un parcours contournant soigneusement vos centres de rétention et les zones où la population meurt de faim, et le touriste aura financé votre dernière Mercedes 600, tout en ayant le sentiment d’avoir améliorer le quotidien de votre population.

            Prenez exemple sur la Birmanie ! Longtemps considérée comme l’un des pays les plus opaques au monde, elle fait face depuis une dizaine d’années à une intensification des flux touristiques : un million de touristes en 2012, contre à peine 200 000 en 2003. Il va sans dire que la plupart des entreprises touristiques est gérée par des proches du gouvernement.

Il vous est néanmoins nécessaire de faire respecter certaines règles, le touriste occidental ayant tendance à prendre ses aises partout où il va. Il est impératif que le touriste ait conscience que visiter votre pays, aussi agréable cela soit-il, présente plus de risques qu’un week-end en famille à St-Malo. Par conséquent, n’hésitez pas à sévir et à montrer l’exemple en sanctionnant durement les impertinents : demandez donc à Otto Warmbier, ce jeune étudiant américain qui, insouciant du danger qui l’entourait, tenta de dérober une affiche de propagande dans son hôtel en Janvier dernier. Acte héroïque qui lui a valu le droit de prolonger son séjour dans le pays pour 15 ans supplémentaires, agrémentés de travaux forcés, sans doute pour faciliter son intégration sur place.

Enfin, et c’est sans doute la source de revenus qui devrait vous procurer le plus de satisfaction : les fonds des puissances occidentales. En effet, il est propre à leur fonctionnement de vous jeter des lauriers (et également de l’argent par la même occasion) lorsque vous pouvez leur apporter quelque chose. Exemple (fictif ou réel, nous vous laissons vous forger votre opinion) : aidez un candidat à la présidentielle à financer sa campagne, et vous recevrez quelques mois plus tard des missiles antichars Milan en plus d’un système de communications radio sécurisées. Des outils non-négligeables dans votre lutte perpétuelle contre l’opposition.

Attention tout de même, sachez que les dirigeants de ces pays n’hésiteront pas à retourner leur veste une fois que votre amitié leur portera préjudice.

La nécessité de savoir bien s’entourer.

            Il n’est pas nécessaire d’avoir terrorisé un pays pendant plusieurs décennies pour deviner qu’un dictateur a une fâcheuse tendance à se faire plus d’ennemis qu’un citoyen lambda. Alors, la survie de votre régime dépend largement de votre capacité à choisir avec précaution les membres de votre entourage propre, et d’éloigner dans la mesure du possible les susceptibles Brutus.

            Même si des risques existent, les membres de votre famille représentent de manière générale un appui fiable, notamment à l’international : Islom Karimov, président Ouzbekh s’étant fait pour spécialité de faire bouillir ses opposants, est représenté à l’ONU et à l’UNESCO par ses deux filles, Gulnara et Lola.  N’oubliez pas cependant que famille ou pas, un dictateur est seul au monde. Un coup de poignard dans le dos est vite arrivé. Il est toujours préférable d’abandonner son oncle à des chiens affamés plutôt que de le voir vous trahir n’est-ce pas ?

Suivez tous ces conseils, soyez créatifs et sans pitié. Soyez-en sûrs, le « Dictat-or », prix remis en 2014 par l’Organisation Géopolitique des Criminalités (OGC) et l’association sherpa au despote kazakh Noursoulan Zazarbaïev, et récompensant le dictateur de la planète ayant le mieux pillé les ressources de son pays afin de satisfaire son bien-être, vous tend les bras.

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