Quand l’Etat se prend pour la mafia.

Les enfants arborent fièrement leurs kalash à Scampia, s’enfoncent dans le vice des joies de la poudre trop tôt à Secondigliano et les tombes aux dates de naissances beaucoup trop récentes se multiplient dans les cimetières napolitains. C’est ce qui nous est montré dans Gomorra, la nouvelle série qui a battu tous les records d’audience sur Canal. Même si les petits dealers de shit jogg croco ou certains « rappeurs » aux cheveux bien lissés jubilent devant cette série, Gomorra dépeint une Italie  dominée par les mafias, où le crime paie, où l’Etat est absent, souvent complice, et les moyens insuffisants face à une escalade sans fin de la violence.

Les mafiosos en chefs d’orchestre.

La Cosa Nostra en Sicile, la ‘Ndrangheta en Calabre, la Camorra en Campanie et la Sacra Corona Unita dans les Pouilles règnent en Italie grâce à un système bien huilé basé sur la violence. Ancrées solidement au plus profond de la culture italienne, les mafias s’immiscent dans les plus hautes sphères de la société grâce à un réseau toujours plus vaste et ramifié, et des relations privilégiées avec certains politiques qui leur ont longtemps permis de profiter d’une large impunité qui peine à s’effacer.

Les mafias deviennent de véritables institutions bien rodées, hiérarchisées, agissant dans une large gamme de secteurs. Beaucoup trouvent un avantage à s’engager à leurs côtés, il serait absurde de ne pas y songer quand on voit comment se porte le marché du crime aujourd’hui et que personne n’est là pour s’y opposer. La coke et les prostituées en font rêver plus d’un.

Les liens entre la sphère politique et celle de la mafia sont bien réels.

“Pour qu’il y ait mafia, il faut qu’il y ait violence érigée en système, accumulation de capital, contrôle du territoire et liens avec les politiques. » Fabrice Rizzoli

Pesant sur les scrutins électoraux, les mafias influent largement sur les activités des collectivités territoriales. Plus l’échelle géographique est petite, plus le pouvoir mafieux est puissant. Depuis 1991, l’État a dissous 172 conseils municipaux infiltrés par les mafias. Ainsi, à l’approche des élections, les grandes familles de la bourgeoisie mafieuse proposent à certains candidats de les accompagner dans le financement de leur campagne ou de leur offrir un appui électoral moyennant l’obtention de marchés faisant l’objet d’appels d’offre. Dès 1994, le collaborateur de justice, Salvatore Annacondia, se vantait déjà qu’il pouvait contrôler jusqu’à 60 000 voix dans les Pouilles, n’oubliant pas non plus de rappeler que ceux qui n’avaient pas suivi à la lettre les consignes de vote seraient vite identifiés. Et retrouvés.

L’infiltration dans le monde politique permet d’intégrer l’économie, d’optimiser au mieux les profits et d’assurer une certaine sérénité quant à l’activité de l’organisation. Avoir un pied en politique permet de se parer contre d’éventuels problèmes ou besoins qui pourraient survenir.

Devenu trop dangereux à cause de l’omniprésence des médias, le chantage a laissé place à la corruption. Se payer un politique permet ainsi de prendre le pouvoir dans le pouvoir. Se le taper aussi parfois.

Salvatore Luciano, dit « Lucky », dealer d’héroïne et mac à ses débuts, il est celui à qui l’on doit la réputation internationale de la Cosa Nostra et ses liens haut-placés

Et Silvio dans l’histoire…

Même si l’ère Berlusconi semble révolue, ce grand adepte du maquillage était loin d’être blanc comme neige. Ambitieux, rien ne l’arrêtait, pas même les mineures. Demandez à Ruby ! Les différents gouvernements dirigés par cet amoureux des jeunes femmes sont à l’origine de plusieurs dispositions législatives peu compatibles avec la lutte antimafia. Pendant ses mandats, on dénombre trois lois d’amnistie qui ont entre autres permis le rapatriement de capitaux illégalement placés à l’étranger,  plusieurs régularisations de constructions sans permis favorisant les « écomafias ». Cette liste est pour le moins éloquente si on ajoute le fait, que lui et ses ministres allaient jusqu’à prodiguer des conseils juridiques pour permettre  aux mafias de récupérer leurs biens saisis par la justice. Son nom a d’ailleurs été mentionné comme l’interlocuteur des mafieux lorsque ces derniers organisèrent plusieurs attentats à la bombe en 1993.

Etats, les premiers complices.

Le gouvernement italien est malhonnête comme la plupart des états occidentaux qui continuent de se voiler la face. Prônant une tolérance zéro à l’encontre du petit délinquant et sa veste du Real, ils affichent aussi une répression zéro contre les grands criminels, qui se voient même parfois accorder des lois en leur faveur.

Les opérations « poudre aux yeux » où des quantités dérisoires de shit mal coupé sont saisies se multiplient dans chaque bloc pour dissimuler toute sorte de scandale et continuer de faire parler les octogénaires, confortablement installés devant le 20h de TF1. Multiforme, la mafia prospère sur les crises, jouant à saute-mouton avec les frontières grâce au financement occulte du monde politique ou d’autorités publiques dévouées. C’est en effet dans un gigantesque partenariat avec les pouvoirs politiques et les multinationales de la finance que le crime organisé se joue de la légalité des Etats.

Les Etats occidentaux poussent le paradoxe encore plus loin dissimulant les  capitaux, ventilés dans des paradis fiscaux bien plus près de chez nous que ne l’affirment nos dirigeants politiques. Quittant peu à peu les lieux exotiques à la James Bond, ces havres du secret bancaire et des sociétés offshores se situent tout simplement de l’autre côté de notre frontière, à Monaco ou en Suisse par exemple.

Bien sûr, les gouvernements ne cessent de faire des discours contre la corruption, et n’hésitent pas à procéder à quelques « coups de filets » histoire d’alimenter le folklore de temps à autre. Pour autant, ce sont avant tout les petites mains du trafic, les nourrices, les petits dealos, ceux qui ne manquent à personne, sauf à leur trentaine de clients, qui payent l’illégalité de leur travail. Les financiers, les gros bonnets, la grande bourgeoisie mafieuse à la tête du crime organisé, ne sont pour leurs parts jamais inquiétés.

Des criminels pauvres sont des criminels, des criminels riches restent riches après tout.

Entre se faire flinguer ou avoir une hygiène de vie proche de celle de Dan Bilzerian, le choix est souvent vite fait mais certains s’accrochent. Non sans quelques dangers.

En effet, certains responsables politiques courageux payent de leur vie leur détermination à dénoncer ces forfaits. Une balle en pleine tête peut vite arriver si l’on fâche les mauvaises personnes. Les mafias n’hésitent pas à semer la terreur, comme la Cosa Nostra qui n’a pas hésité entre 1992 et 1993 à perpétuer un grand nombre d’attentats et d’assassinats pour éliminer certains adversaires politiques, et les célèbres juges Falcone et Borsellino à qui on doit de nombreuses condamnations.

Pourquoi nos petits voisins italiens sont-ils tant attirés par ses mafias ?

C’est tout con ! Leurs scores sont à faire bander les plus grands PDG !

Chaque année, l’EURISPES propose un petit examen des finances des mafias italiennes. Elles auraient engrangé plus de 140 milliards d’euros de chiffre d’affaire avec des profits avoisinant les 100 milliards, ce qui représente 10 % du PIB de  l’Italie. La principale source d’argent de ces réseaux est le trafic de drogues (59 milliards d’euros). Les « écomafias » dont les activités criminelles dans les secteurs du bâtiment et de la gestion des déchets, rapportent 16 milliards d’euros. Les armes et autres trafics, 5,8 milliards. Le racket, avec un chiffre d’affaires annuel de 9 milliards d’euros, et l’usure avec 145 milliards, procurent aux différentes mafias quelque 250 millions d’euros par jour!

La mafia ne connaît pas la crise, au contraire, elle en profite pour renforcer son assise (ex : rachat d’entreprises proches de la faillite). Son développement ne cesse de s’accélérer et elle représente désormais la première banque du pays avec 65 milliards d’euros de liquidités. Fini les gangsters à l’ancienne aux costumes rayés, l’arme à la ceinture, place aux banquiers, aux avocats véreux à la Saul Goodman et aux notaires, à l’extorsion en col blanc. Les mécanismes de marché du crédit légal sont connus par cœur.

Dans certaines villes, comme à Palerme par exemple, 80 % des commerçants sont soumis à la taxe mafieuse. Et tout porte à croire que l’on a un peu de temps avant qu’elle disparaisse.

Avec la crise économique mondiale, qui sévit actuellement, toutes les entreprises mondiales se sont découvert une passion pour le resizing. La mafia, elle, a vu son chiffre d’affaires exploser. La Mafia italienne se situe en priorité en Sicile et à Naples, mais possède des ramifications dans toutes l’Italie, mais aussi à l’étranger. La mafia n’est plus une entreprise familiale, comme avant ; elle est devenue au fil du temps un empire financier qui n’a rien à envier des grandes multinationales. La force de cette organisation mafieuse, est due à son grand pouvoir d’investir, sans compter son portefeuille hors du commun ! A savoir que la Mafia est capable d’investir 25 milliards d’euros par an.

En Italie, les saisies se suivent et se ressemblent

Et la France dans tout ça me direz-vous ?

 L’hexagone n’est pas en reste dans le domaine du crime organisé et de la complicité de grandes entreprises et des pouvoirs publics. Pour Christian de Brie, « la corruption à la française existe bel et bien, avec ses traits communs au maelström mondial et ses vices spécifiques, dont le premier, emprunté aux mafias, est de nier, jusqu’à l’évidence ».

Loin des cartels sud-américains à la Narcos et des Yakuzas des films de Jacky Chan, la France n’est pas épargnée par le crime organisé. De la Corse à Lille, en passant par Marseille, la mafia en France prospère à l’abri des regards. La violence et les business ne sont pas aussi visibles qu’en Italie avec ses mafias, ses rites et ses parrains, mais le crime organisé français tisse des liens dangereux avec nos élites. D’ailleurs en France, le mot « mafia » est évité et nos dirigeants préfèrent utiliser l’appellation de « grand banditisme », histoire de nous donner bonne conscience quand on va toper.

Dans les années 70, l’héroïne « made in Marseille » faisait des ravages dans les rues américaines, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les américains mettent la cité phocéenne en ligne de mire.

Al Capone le disait toujours, « on obtient plus de chose en étant poli et armé qu’en étant juste poli ». Les mafias ont longtemps existé et existeront toujours, elles sont souvent la véritable force économique d’un pays, offrant souvent plus qu’elles ne reçoivent.

Morale de l’histoire, quel que soit ton domaine, sois précis avec tout le monde, sociable avec la majorité, proche avec les meilleurs, ami avec les élus.

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