La finance peut-elle être éthique ?

Depuis le début du 20ème siècle, les crises financières se multiplient, et avec elles éclatent de nombreux scandales financiers. Pour cette raison, la finance a aujourd’hui dans la société une bien mauvaise image. François Hollande est même allé jusqu’à en faire son ennemi lors de sa campagne présidentielle de 2012. Au regard de cette situation, une question se pose :

La finance devrait-elle être éthique ?

Une image ternie par les scandales.

Comment évoquer le rôle des scandales financiers sans mentionner le père de tout escroc financier qui se respecte : Charles Ponzi. Cet immigré italien avait remarqué une différence de prix entre les coupons-réponses vendus en Italie et ceux vendus aux Etats-Unis et s’était donc lancé via la création de la société d’investissement Security Exchange Company dans l’achat et la revente de ces coupons. C’est avec cette méthode qu’il pouvait proposer aux investisseurs une rentabilité de 50% à 45 jours. Bien évidemment, un tel taux de rentabilité avait attiré de nombreux investisseurs, et ce sont pas moins de 15 millions de dollars de l’époque qui furent investis dans sa société. Mais le nombre de coupons en circulation ne permettait pas une expansion pareille ; Ponzi dut donc trouver un autre moyen de d’assurer la rentabilité annoncée aux investisseurs. La solution fut aussi simple qu’illégale : il versait à ses clients l’argent des nouveaux investisseurs !

Son fils spirituel, Bernard Madoff s’essayera lui aussi à cette méthode avec plus d’ambition – 50 milliards de dollars – mais toujours avec aussi peu de réussite : 150 ans de prison ferme …  ça calme !

Plus récemment, le monde de la finance a été secoué par les « rogue traders ». Nick Leeson a été le premier de la liste avec le maquillage d’un compte pertes.  Ce trader a réussi à dissimuler des pertes pour un montant de 1, 3 milliards de dollars, ce qui a finalement conduit à la faillite de la banque anglaise Barings. La France n’est pas en reste, deux de nos compatriotes se sont fait connaître pour leur remarquables escroqueries financières.

À gauche : Fab le Fabuleux (haut) et Ponzi (bas) ; Au centre : Leeson ; À droite : Madoff (haut) et Kerviel (bas)

Le premier d’entre eux, notre Jerôme Kerviel national, a été accusé par la Société Générale et le parquet de Paris : « escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux, complicité et recel, atteinte au système de traitement automatisé des données », un beau combo. Kerviel a malheureusement engagé 50 milliards d’euros sur des contrats à terme de manière frauduleuse, exposant ainsi la Société Générale, et la contraignant à vendre, ce qui a provoqué une perte de 6,3 milliards d’euros. Alors qu’il pensait pouvoir se payer le palais Brognart, Kerviel a été condamné à 5 ans de prison (jugement de première instance confirmé en appel puis par la Cour de cassation).

Enfin parlons du plus mégalomane des traders, j’ai nommé Fab le fabuleux de chez Goldman Sachs. La SEC (gendarme financier américain) l’a accusé d’avoir « conçu un produit financier complexe qui était secrètement destiné à maximiser la probabilité que sa valeur s’effondre, et de l’avoir vendu aux investisseurs sans leur dévoiler ». Cette fraude, Fab l’a conçu à l’échelle industrielle : la vente de ce produit financier (Abacus) a atteint un total de presque 11 milliards de dollars. D’excellents avocats – payés par Goldman – lui ont permis d’éviter la prison et de n’être condamné qu’à 1 millions de dollars d’amende pour fraude boursière.

D’autres activités, de la part des banques d’investissements cette fois, ont provoqué leurs lots de scandales : manipulations des cours des matières premières ou encore spéculation sur les denrées alimentaires. L’ONG Oxfam a ainsi révélé dans un rapport qu’en France il existait 18 fonds d’investissements détenus par les grandes banques nationales qui avaient pour but la spéculation sur les cours du blé, du riz ou encore du maïs. Elles ont ainsi participé (avec d’autres banques internationales) à la crise alimentaire de 2008 qui a plongé 140 millions de personnes de plus dans la sous-nutrition. Les investisseurs institutionnels, de par leur puissance financière, possèdent en effet un pouvoir important sur les cours des matières premières. Si en 2003, le marché des futures sur les biens primaires représentait 13 milliards de dollars, en 2008 il équivalait à 260 milliards de dollars. Cette croissance de l’investissement sur le marché des futures peut être mis en parallèle avec une hausse de 183% du prix moyen des biens premiers sur la période. C’est ce qui fera dire à un ancien directeur de fond d’investissement devant une commission du congrès que « les investisseurs institutionnels contribuent à l’inflation des prix des aliments et de l’énergie ».

Aux Etats-Unis, deux banques ont été particulièrement mises en cause dans ce genre de scandale. La première, JP Morgan, fut notamment éclaboussée par l’affaire des manipulations des prix de l’énergie en Californie qui mettait en cause un arrangement pour près de 400 millions de dollars. La banque a procédé à des enchères pour revendre l’énergie à un prix supérieur à celui du marché, la victime finale étant le consommateur californien. La seconde est Goldman Sachs, qui s’est accaparée les entrepôts d’aluminium afin d’allonger les délais et de faire flamber les cours ! Goldman n’en était pas à son coup d’essai, l’éthique n’y étant pas vraiment une priorité, la banque avait spéculé sur les attentats du 11 septembre 2001 provoquant l’indignation aux Etats-Unis.

Vers une finance plus éthique ?

Mais depuis quelques années la finance connaît un certain virage éthique, bien que de faible ampleur. Ce tournant est symbolisé par les évolutions dans le secteur des investissements écologiquement ou socialement responsables. Un certain nombre d’indicateurs a donc été développé en ce sens et a permis la création d’indices boursiers éthiques. Le DJSI, l’ASPI, ou l’ESI sont autant d’indices qui ont favorisé le développement de la finance éthique. Ainsi en France, alors que les investissements ISR ne représentaient que 8,8 milliards d’euros en 2005, ils sont évalués en 2015 à 746 milliards, soit une hausse de près de 8 500% en 10 ans. De plus, le dernier rapport Novethic met en lumière l’apparition d’une nouvelle classe d’investissements responsables : l’ISR de conviction, qui représente tout de même 7% des investissements responsables existants. Cette dynamique est notamment soutenue par l’OCDE via la création à la suite du forum sur le climat de Paris, de « l’OCDE Centre on Green Finance and Investment ».

Un nouveau marché est d’ailleurs actuellement en pleine expansion : celui des « green bonds ». Les « green bonds » sont des obligations émises par des entreprises non financières, des organismes supranationaux, ou des banques, visant à financer des activités eco-friendly. Novethic estime ainsi que le marché de ces obligations un peu particulières dépassera le cap des 120 milliards de dollars cette année. Là encore, la croissance de ce marché est exponentielle puisqu’il était quasi inexistant avant 2012. En 4 ans ce marché a en effet enregistré une augmentation de près de 4 000%.

Il est essentiel de souligner que ces investissements éthiques sont nullement philanthropes. Si la finance se lance dans l’éthique ce n’est pas parce que celle-ci est un objectif intrinsèque, mais bien parce que l’éthique ça rapporte ! À titre d’exemple le fonds Equity World Aqua de la BNP, fonds ISR qui investit dans des sociétés de gestion durable de l’eau, a une performance cumulée de plus de 126% sur 5 ans. De plus, les possibilités d’expansion pour ce type d’investissements sont immenses. L’agence internationale de l’énergie estime à 44 000 milliards de dollars le financement de la transition énergétique mondiale. Jacob Moore le trader interprété par Shia LaBeouf dans Wall Street l’argent ne dort jamais, n’avait donc pas tort de croire dans le potentiel de l’investissement vert.

Et dès aujourd’hui le mouvement est en marche, faisant entrevoir un changement d’image pour la finance. Elle pourrait bien passer dans l’imaginaire collectif de la cause des problèmes au grand sauveur du monde. En effet si l’on additionne les actifs des fonds de pension plus ceux des fonds souverains alors on obtient 46 000 milliards de dollars, qui, s’ils sont correctement dirigés pourraient changer le monde. Et déjà aujourd’hui, les initiatives développant l’éthique en finance ne se limitent pas à trois fonds d’investissement et à une obscure commission d’expert internationaux. Ce sont par exemple 600 milliards d’actifs engagés actuellement dans un processus de décarbonisation (réduction de l’emprunte carbone).

Parallèlement à ces initiatives d’investissement, le milieu de la finance mène des opérations visant à intégrer l’éthique dans le comportement des banquiers, traders et autres assureurs. Nos amis anglais ont été les premiers à instaurer un code de bonne conduite dans le milieu de la finance. Aujourd’hui, ce sont les grandes banques françaises qui se mettent à plancher sur l’instauration de chartes d’éthique. L’Angleterre a en effet créé à la suite de la crise de 2008, une Autorité de bonne conduite financière (FCA), laquelle est depuis chargée de vérifier la conformité éthique des opérations d’environ 26 000 établissements financiers. Et c’est ainsi qu’en France, la BNP a adopté un code de bonne conduite après avoir été condamnée par les Etats-Unis au début de l’année 2016, et que la Société Générale compte bien suivre le mouvement.

Transaction se met au vert pour plus d’éthique en finance.Les mentalités changent donc au sujet de l’éthique en finance, et cela a lieu également dans la formation des acteurs financiers de demain. En effet si l’on observe les formations dispensées dans les  meilleures Business School en finance du monde, toutes intègrent aujourd’hui un enseignement relatif à l’éthique et à la régulation sur les marchés financiers.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s