Brexit : À quoi faut-il se préparer ?

Le 1er Janvier 1973, l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Union Européenne a marqué le début de quarante années d’une histoire mouvementée. Ne faisant pas partie des membres fondateurs de l’UE, le Royaume-Uni a souvent semblé hésiter quant à son investissement dans le processus communautaire, comme l’a illustré son refus d’adopter l’euro en 1999. Le voici au cœur de tensions avec l’Europe, tentant tant bien que mal de trouver un accord de sortie avec l’UE.

Retour sur les origines du Brexit

 Le terme Brexit est une abréviation de « British exit » désignant la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Les conservateurs du Premier ministre David Cameron, traditionnellement euro-sceptiques, ont ainsi fait voter en juillet 2012 une loi garantissant la tenue d’un référendum à l’horizon 2016. Ils souhaitaient ainsi sonder le peuple britannique quant à une éventuelle sortie de l’UE. Cameron a fait campagne en faveur du maintien de son pays au sein de l’UE. Mais le peuple britannique a voté pour la sortie de l’UE à 51,9% (contre 48,1% pour le ‘Remain’) lors du référendum du 23 juin 2016.

Après le référendum, une certaine confusion a régné. David Cameron a été contraint à la démission. C’est finalement la ministre de l’Intérieur Theresa May, qui avait fait campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, qui a repris la main au 10, Downing Street. Depuis, les débats ont toujours cours sur les conditions de ce divorce. La lettre de divorce, signée par May, a été transmise le 29 mars au président du Conseil européen Donald Tusk par l’ambassadeur britannique à Bruxelles Tim Barrow, au moment où Theresa May annonçait la rupture devant les députés à Westminster. Deux ans de négociation ont été prévus depuis cette date-là.

Après dix-sept mois d’intenses négociations, Theresa May et Michel Barnier, le négociateur en chef bruxellois, sont parvenus à un accord de divorce entre le Royaume-Uni et le reste de l’UE, à la mi-novembre. Le résultat : un projet de traité international de 585 pages, 3 protocoles (Irlande, Chypre et Gibraltar) ainsi que plusieurs annexes. Le projet vise à répondre à 3 objectifs, à savoir éviter le retour d’une frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, afin de préserver le traité de paix de Belfast 1998, protéger les droits des expatriés, britanniques et européens (plus de 4 millions de citoyens concernés) et enfin assurer les engagements financiers européens établis par le Royaume Uni avant le Brexit.

Brexit : quels scénarios ?

Le rejet de l’accord de retrait de l’UE, négocié par Theresa May avec Bruxelles a plongé le Royaume Uni dans l’incertitude. A quelques semaines de la date butoir, est- t-il possible de se diriger vers un « no deal » ? Un nouveau référendum ? Un report de la sortie ?

Deux semaines se sont écoulées après que les deux tiers des députés britanniques se soient opposés à l’accord contracté avec Bruxelles. À la recherche d’un plan B, Theresa May a décidé d’entrer en discussion avec l’opposition afin de mieux comprendre leur position. Mais les tractations souhaitées par la première ministre ont abouti à une impasse : le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, lui demande d’écarter clairement l’éventualité d’une sortie sans accord de l’UE, ce qui est impossible selon la première ministre. Il n’y a que deux manières d’éviter un « no deal » : le vote d’un accord au Parlement ou l’annulation des résultats du référendum de 2016. Quels sont, dès lors, les scénarios possibles ?

Suite au vote du 15 janvier, la crainte du no deal s’intensifie de plus en plus, la date de sortie s’approchant pas à pas. Et si aucune solution n’est apportée d’ici le 29 mars, le Royaume-Uni quittera l’UE passant d’un statut d’État membre à celui de simple pays tiers.L’accord sur le Brexit ayant été rejeté, Theresa May a finalement présenté un plan alternatif à la chambre des communes. Ce dernier, qualifié de simple copie du plan A,    stipule de garder l’accord trouvé entre les deux parties tout en le modifiant de manière à obtenir des concessions à Bruxelles. Le 29 janvier, la chambre des communes adopte deux amendements excluant l’idée d’une sortie brusque de l’UE et celui de la mise en place d’un « filet de sécurité » en Irlande du Nord. Les britanniques sont donc prêts à renégocier un accord avec les Vingt-Sept. Mais, il subsiste un point noir de l’accord qui bloque les négociations : le « backstop » qui consiste à maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE pour éviter le rétablissement d’une frontière physique entre les deux Irlande, un point que Bruxelles refuse de débattre. Reste la possibilité de revenir vers les citoyens britanniques pour s’en sortir. Les députés pro-européens sont nombreux à demander la tenue d’un nouveau référendum. Selon un sondage récent de YouGov, 45% des britanniques seraient favorables au référendum (contre 35%)

Tout compte fait, il ne serait pas surprenant de voir la date du Brexit reportée, le gouvernement de Theresa May pourrait demander une extension de la date effective même si cette option n’enchante pas la majorité des députés britanniques. Cette extension devrait être acceptée par les Vingt-Sept à condition d’avoir une garantie que ce temps supplémentaire amènerait une sortie de l’impasse.

Le Brexit pourrait-il être totalement abandonné ? Juridiquement, oui. La Cour de justice de l’UE a rendu un arrêt le 10 décembre 2018 qui prévoit que le Royaume-Uni pourrait décider de manière unilatérale, de révoquer la notification de son intention de se retirer de l’Union Européenne. Et ce jusqu’à la date effective de départ prévue par l’article 50 deux ans après son activation le 29 mars 2017.

Quels changements peut-on prévoir ?

Le retrait de l’UE ne va pas se faire en quelques jours. C’est un changement à long terme qui s’effectuera sur plusieurs années. Le Royaume-Uni perdra par définition le bénéfice des accords commerciaux passés par l’UE et ses partenaires à travers le monde. Un long processus pour les prochaines années sera indispensable pour la survie du Royaume-Uni, entre les conditions de sortie de l’UE, la négociation de nouveaux accords avec elle et les conclusions de traités commerciaux avec les pays extérieurs à l’UE.

Parmi les conséquences du Brexit, on relève principalement les aspects économiques : dans un scénario d’accord de libre-échange similaire à celui contracté entre l’UE et le Canada, le Trésor Britannique estime une perte de 4300 livres de revenu par an pour chaque foyer. Selon ses projections, le PIB serait 6% plus bas qu’il ne le serait en cas de poursuite de l’aventure européenne.

En ce qui concerne les limites douanières, on peut dire que les barrières commerciales pourraient être relevées pendant cette période de transition avec 5.6 milliards de livres par an de droits de douanes supplémentaires à payer pour les exportateurs britanniques, d’après l’OMC.  De plus, bon nombre de multinationales ont utilisé le Royaume-Uni comme porte d’entrée vers l’Europe et ont prévenu de relocaliser leur siège européen en cas de Brexit. Le cas de JP Morgan illustre cela : la banque américaine a prévu de déplacer 1000 à 4000 emplois suite à la victoire du Brexit au référendum en 2016. D’autres firmes pourraient suivre. Par ailleurs, le repli des investissements chinois et américain est programmé pour les années à venir. La panne de croissance que devrait subir le Royaume-Uni aura des conséquences évidentes sur l’emploi. Le FMI anticipe un taux de chômage à 6.5% après le Brexit et 129 milliards d’euros de perte d’activités. Le secteur financier serait une des principales victimes du Brexit : le Brexit pourrait toucher pas moins d’une centaine de milliers d’emplois d’après la société de lobbying TheCityUK.

Du côté français, le pays devrait faire partie des six pays les plus touchés par le Brexit. Les entreprises françaises pourraient enregistrer jusqu’à 3.2 milliards d’euros de pertes additionnelles à l’export d’ici 2019, soit à peu près 0.5% du total des exportations de biens et services.

En réalité, le Royaume-Uni et Bruxelles se livrent à ce que les Anglais appellent le « game of chicken », le « jeu du dégonflé », dont le principe est simple : tenir ferme sa position en espérant que l’autre craque d’abord. Avec, dans le rôle du repoussoir, un « no deal » le 29 mars.

                                                                                                  Karim El Boutayebi

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s