Pourquoi la Deutsche Bank change-t-elle de capitaine ?

Début avril 2018, la célèbre Deutsche Bank, 9ème mondiale, a remercié son PDG britannique John Cryan pour nommer à sa tête l’allemand Christian Sewing. Retour sur les raisons de cette décision.

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Entre scandales et déficit : rien ne va plus

La Deutsche Bank est une l’une des plus grandes banques universelles du monde, offrant une large gamme de produits séparés en différentes activités : Corporate & investment Banking, Global Markets, Deutsche Bank Asset Management et Gestion Privée. Elle est présente dans plus de 75 pays. Derrière cette apparente solidité sur la scène internationale, la Deutsche Bank est plongée pourtant depuis plusieurs années dans une période de doutes. Entre déficit financier et scandales publics, rien ne va plus pour le géant financier.

La Deutsche Bank doit en effet actuellement faire face à près de 8000 litiges judiciaires dans le monde : blanchiment d’argent en provenance de Russie, évasion fiscale, manipulation de taux… De nombreux chefs d’accusations dont certains méritent d’être explicités.  

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En 2014 déjà, le géant bancaire allemand s’acquittait de la somme de 80 millions de dollars dans le cadre du scandale du Libor. Le Libor était en effet un taux de référence sur les marchés monétaires et plusieurs banques dont Citigroup, HSBC et la Deutsche Bank ont été accusées d’en avoir manipulé le cours entre 2005 et 2010 afin d’optimiser leurs profits. C’est à la suite de ce scandale, lequel ne fait qu’échos à une multitude d’autres, que les deux dirigeants Jürgen Fitschen et Anshu Jain démissionnèrent.

En 2016, la banque faisait face à un nouveau type d’accusation : la justice des Etats-Unis réclamait à la Deutsche Bank 14 milliards de dollars pour l’implication de cette dernière dans la crise des subprimes. En effet, elle faisait partie des quelques banques ayant participé à la diffusion des subprimes, produits dont elle avait conscience de la toxicité, sur les marchés financiers. Pour les mêmes chefs d’accusation, Goldman Sachs avait déjà versé 5 milliards de dollars, JP Morgan 13 milliards de dollars et Bank of America 16,6 milliards de dollars. La banque allemande paiera finalement pour cette accusation la somme de 7,3 milliards de dollars.

En janvier 2017, la Deutsche Bank était également condamnée à verser la somme de 630 millions de dollars aux régulateurs du secteur bancaire du Royaume-Uni et des Etats-Unis. En effet, elle avait participé à un montage financier complexe permettant de blanchir près de 10 milliards de roubles russes.

Autant de scandales qui ébranlent la réputation mais également les performances financières de la banque. Le cours de l’action est en constante diminution depuis mi-2015 et se trouve le lundi 9 avril à 11,81 dollars tandis que celle de son concurrent JP Morgan est en constante évolution et plafonne à la même date à 109,09 dollars. En 2015 et 2016, la Deutsche était même contrainte d’annuler le dividende à verser à ses actionnaires. En 2017 pour la troisième année consécutive, la banque allemande accusait un déficit financier de 1,4 milliards de dollars.

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Une situation nuancée ?

John Cryan, nommé à la tête de la Deutsche Bank dès 2015 était pourtant optimiste quant à l’avenir de la banque. 2017 s’annonçait sous le signe de la réduction des litiges juridiques et d’une recapitalisation de 8 milliards de dollars. Sur le marché des actions, John Cryan se vantait d’avoir réussi à maintenir sa banque au 2ème rang mondial et 1er rang aux Etats-unis concernant les IPOs (Initial Public Offerings). Les activités de la banque sur les marchés des taux, des matières premières et de change ont également augmenté de 11% au premier semestre de 2017 grâce à la confiance que continuent de lui accorder un grand nombre d’entreprises européennes : BMW, Nokia, Norvatis, Roche ou encore Siemens. Cependant, la banque allemande se place encore pour ces activités loin derrière les banques américaines.

John Cryan a également tenté de s’adapter aux évolutions de la demande mondiale en généralisant pour ses clients le paiement par smartphone. Il mise beaucoup sur la R&D dont la plus grande réussite est la mise au point d’un robot-conseiller chez sa filiale de gestion d’actifs : Deutsche Bank Asset-Management.

Malgré ses efforts pour redresser le géant allemand, John Cryan n’a pas réussi à s’adapter suffisamment au niveau d’exigence des régulateurs financiers ainsi que des systèmes de contrôles. Début avril 2017, la banque accusait encore le coup d’une amende de 156 millions de dollars infligée par la réserve fédérale américains pour « violation des règles encadrant le marché des changes » et de la règle Volcker qui interdit le trading pour son propre compte.  

Au travers de son plan de restructuration, la banque décide même de fermer plusieurs centaines d’agences en Allemagne et dans le monde.  

Finalement, après 3 exercices consécutivement déficitaires et un chiffre d’affaire en baisse de 12% par rapport à 2017, John Cryan a été remercié début avril 2017.

 

Un nouveau dirigeant pour un nouveau départ ?

Deux candidats se plaçaient en particulière bonne position pour remplacer John Cryan : Christian Sewing, jusqu’à présent chargé de la banque de détail et aux particuliers et également Marcus Schenk, responsable de la banque d’investissement. Il semblerait ainsi que la Deutsche Bank veuille se désengager de ses activités dans le domaine de la banque d’investissement qu’elle tient en grande partie pour responsable des difficultés qu’elle connaît. Une décision certes bien accueillie par l’opinion publique allemande qui reprochait à son fleuron national de délaisser l’industrie nationale, mais qui ne fait cependant pas l’unanimité au sein des marchés financiers. Avec près de 40 000 employés, le secteur de la banque d’investissement, certes en crise, réalise tout de même la grande majorité du chiffre d’affaire.

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Afin de mettre fin à la période de trouble qui la handicape depuis plusieurs années à présent, la deutsche Bank a choisi la solution radicale du changement de présidence. Cette décision, certes retentissante mais pourtant isolée réussira-t-elle à sortir de la crise une entreprise dans la tourmente ? Seul l’avenir nous le dira.

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