Une élection russe truquée pour un président adulé ?

Le 18 mars 2018 se sont déroulées les élections russes au terme d’une campagne électorale des plus calmes malgré les huit candidats en lice. Le président sortant, Vladimir Poutine, n’a en effet pas jugé utile de s’investir dans une campagne électorale dont le résultat semblait joué d’avance : lors de sa visite au stade Loujniki de Moscou le 3 mars 2018, il n’aura, par exemple, tenu qu’un discours de 3 minutes, sans promesses ni programme. Quelles sont les coulisses de ces élections controversées ?

 

Un bref retour historique sur le gouvernement russe

Le célèbre Vladimir Poutine accède pour la première fois au pouvoir en tant que Président de la Fédération de Russie le 7 janvier 2000 à l’issue d’élections controversées. En 2008, au terme de deux mandats consécutifs, il parvient à se maintenir à la tête du pays malgré l’interdiction de la Constitution russe d’effectuer trois mandats consécutifs. La manigance consiste en effet à soutenir la candidature de son allié et ami Dimitri Medvedev. Une fois élu, D. Medvedev nomme alors à la tête du gouvernement Vladimir Poutine. Ce dernier conserve donc la mainmise sur le pouvoir. Au terme du mandat de D. Medvedev et après modification de la Constitution étendant la durée d’un mandat présidentiel à 6 ans au lieu de 4, V. Poutine peut alors se représenter aux élections de 2012. Il est élu au 1er tour des élections avec 64% des suffrages et nomme D. Medvedev comme chef de gouvernement. La fin du mandat approchant à grand pas, V. Poutine compte bien conserver son précieux rôle de leader russe au moins pour les 6 ans à venir. Pour cela, une seule solution : être réélu lors du scrutin du 18 mars 2018.

 

Des opposants fictifs ?

Si la majorité des opposants politiques de Vladimir Poutine n’ont aucune portée médiatique, Alexei Navalny, qui ne cesse de dénoncer la corruption du régime, connaît une popularité croissante depuis 2009 et est devenu le seul adversaire potentiellement dangereux de Vladimir Poutine. Le pouvoir en place voit d’un mauvais œil l’ascension politique d’Alexei Navalny et la multiplication des actions publiques de ce dernier pour discréditer le régime. Parmi celle-ci, de multiples manifestations, des publications d’enquêtes personnelles dénonçant les détournements de fonds, ou encore une publication vidéo du réel complexe immobilier de Dimitri Medvedev jusque-là tenu secret. Tous les moyens sont alors bons pour mettre le célèbre opposant hors d’état de nuire. Celui-ci compte donc à son actif une multitude d’amendes et de peines d’emprisonnement qu’il juge infondées et qui lui ont valu l’interdiction de se présenter à l’élection présidentielle ainsi que la suppression de son site internet. « Les autres candidats ne sont que des marionnettes, des marionnettes qui sont là pour faire le jeu du président » s’époumone Andreï, un partisan des idées d’Alexei Navalny.

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Parmi les autres candidats, Pavel Groudinine, leader du parti communiste du pays, crédité de 11% des votes. Ou encore l’ex starlette de télé-réalité Ksenia Sobchak qui a récolté 2,5% des suffrages. Des candidats peu dangereux que Vladimir Poutine n’a même pas jugé nécessaire d’évincer. Il a laissé ses sept opposants s’affronter et se déchirer lors de débats télévisés musclés, sans daigner les honorer de sa présence.

 

Un président adulé

Malgré les controverses du Kremlin, Vladimir Poutine n’en est pas moins un leader charismatique et emblématique de la Fédération de Russie. A travers ses nombreuses années au pouvoir, il a su imposer admiration pour une grande partie des électeurs qui lui vouent un culte de la personnalité démesuré. Par exemple, le groupe de musique Fabrika a publié un clip de musique « Vova Vova » en vue d’inciter les électeurs à voter pour le président sortant. Fin 2017, une députée du parti de Russie Unie avait également déjà édité un clip où des enfants clamaient leur attachement au président en le surnommant même « tonton Vlad ».

 

Une journée électorale truquée ?

A la suite d’un scrutin dont l’issue paraissait évidente, le président sortant Vladimir Poutine a bien été réélu dès le premier tour avec plus de 75% des suffrages. Face à un vote sans suspens, le pouvoir en place redoutait un fort taux d’abstention parmi des électeurs ne voyant pas l’intérêt de participer à l’élection d’un président certain d’être réélu. Ce supposé taux d’abstention aurait nuit à légitimité de la victoire du leader russe, mais il n’en n’est finalement rien : le taux de participation s’élève à 67%, soit plus qu’en 2012.

Cependant, le célèbre opposant Alexei Navalny ainsi que plusieurs ONG dénoncent plusieurs milliers de fraudes au cours de la journée de vote : bourrage d’urnes, intimidations auprès des gérants de bureaux de vote… L’ONG Golos, spécialisée dans le déroulement des élections relate même des pressions exercées sur des salariés ou étudiants pour qu’ils votent sur leur lieu de travail où « l’on peut contrôler leur participation au scrutin ». Afin de doper le taux de participation à Iakoutsk, « on a promis aux électeurs des poulets en échange de leur vote » a même affirmé Ivan Jdanov, membre de l’équipe d’Alexei Navalny.

rCarte recensant le nombre de fraudes, ONG Golos

 

La tenue des élections russes le 18 mars 2018, choisie symboliquement par le pouvoir quatre ans jour pour jour après l’annexion de la Crimée, n’aura finalement que peu d’incidence sur les enjeux diplomatiques, économiques et sociaux du monde actuel. Le Président conserve en effet sa place prépondérante, et peut assurer la continuité de sa politique intérieure et extérieure encore pour les six années à venir. Si cette mainmise sur le pouvoir soulève de nombreuses critiques de la part de ses opposants, le Président russe dirige son pays sur la durée, paramètre qui manque peut-être à plusieurs pays occidentaux au sein desquels les mandats présidentiels alternent à court terme entre des partis politiques aux objectifs sont radicalement opposés, le tout empêchant toute logique de continuité.

 

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