Qu’en est-il de la correction du 5 février 2018 à Wall-Street ?

Lundi 5 février 2018, la Bourse de Wall Street a connu une spectaculaire dégringolade. En une unique journée, le Dow Jones s’est replié de près de 4,6%, le Nasdaq de 3,9% et le S&P 500 de 4,1%. Cette tendance s’est accentuée tout au long de la semaine. Cette inquiétante baisse contraste d’autant plus avec la longue période de confiance en les marchés financiers qu’elle s’est prolongée tout au long de la semaine. Zoom sur cette violente secousse qui a ébranlé la stabilité des marchés financiers américains.

stock-photo-road-road-sign-roadside-new-york-city-new-york-roadway-nyc-financialdistrict-nyse-f88c39bf-17d3-401c-9fa8-cf04e114ba48.jpg

 

Quelques définitions préalables pour mieux comprendre le phénomène

La capitalisation boursière : c’est la valeur de l’ensemble des actions d’une entreprise sur le marché. Ce montant se révèle cependant variable car les cours évoluent constamment en bourse.

Le Dow Jones 30 : c’est un indice boursier américain qui représente les 30 plus grosses entreprises américaines (Walt Disney, Verizon, Wal-Mart, IBM, Mc Donald’s, Microsoft, Exxon Mobil, General Electric, Boeing…). Il est pondéré par la valeur des actions de ces entreprises, indépendamment de leur capitalisation boursière. Dans une période de mondialisation des échanges, le Dow Jones apparaît cependant de moins en moins performant de par le faible nombre d’entreprises qu’il représente. Il est pour cela délaissé par les investisseurs au profit du S&P 500.

Le S&P 500 (ou SPX) : cet indice boursier américain possède en effet l’avantage de représenter les 500 entreprises les plus cotées sur les marchés américains.

Le VIX : il est surnommé « indice de la peur ». C’est initialement un indicateur boursier qui tend à mesurer le risque de fluctuation de l’indice S&P 500. Il est cependant devenu un indice sur lequel parier et trader.

Le NASDAQ : c’est une bourse de valeurs américaine, le deuxième plus grand mondial en terme de volumes traités. Il est souvent considéré comme le « bébé » du NYSE.

Il ne faut pas le confondre avec l’indice boursier du NASDAQ, indice très volatile de par sa forte corrélation technologique, ni à l’entreprise commerciale nommée Nasdaq qui a désormais racheté la bourse.

Le NYSE : c’est la plus grande bourse mondiale et la principale plateforme d’échanges de la Bourse de New-York. Elle est communément nommée « Wall street ». Le principal indice de valeurs du NYSE est le NYSE Composite, mais on lui attribue aussi le S&P 500 ainsi que le Dow Jones 30.

Bourse de valeurs : c’est le lieu où s’échangent les titres financiers. Les devises s’échangent sur le marché des changes et les matières premières sur les bourses de commerce.

Les raisons de cette baisse

Des annonces économiques inquiétantes

Le 2 février 2018, le département américain du travail a annoncé une hausse des salaires de 2,9% sur un an. Le 1er janvier 2018, le salaire minimum avait d’ores et déjà été rehaussé dans 18 Etats américains. Si le quidam américain se réjouit de la nouvelle, il n’en est pas de même pour les marchés financiers. En effet, une augmentation des salaires induit une hausse du pouvoir d’achat, donc une réduction du recours au crédit, provoquant une hausse des taux fixés par la Fed (Banque centrale américaine) avec parallèlement une tendance inflationniste. Les taux d’intérêt à 10 ans sur les obligations d’Etat américaines ont en effet grimpé vendredi 2 février à 2,54% (leur plus fort taux depuis 2014), tandis que les indices boursiers chutaient de manière vertigineuse. En effet, s’il est rentable d’investir dans des titres financiers dans une période où les taux de crédit sont proches de 0, le choix se justifie beaucoup moins lorsque ces derniers atteignent 2,5%. Les banques sont donc ravies : elles récupèrent de nombreux clients qui avaient précédemment préféré placer leur argent sur les marchés financiers et qui, inquiets de la tournure qu’a prise la situation, épargnent dorénavant à nouveau via la banque de dépôt traditionnelle.

pexels-photo-69760.jpeg

Des produits financiers complexes

L’instrument financier VIX était initialement destiné à améliorer les profits en étant une sorte d’assurance sur la faible volatilité du cours du S&P 500. Il est cependant devenu un outil sur lequel parier. En effet, dans cette période de prospérité économique et financière, rien ne laissait présager une envolée de la volatilité des cours des différents indices financiers. Il était donc très rentable de parier sur la baisse du VIX. Cependant, le lundi 5 février dernier, l’indice a bondi de 100% en 4 heures entrainant presque instantanément l’effondrement des cours du Dow Jones (qui a clôturé en baisse de 1175 points), du Nasdaq et du S&P 500. De cet affolement ont résulté de lourdes pertes, le marché total du pari sur la volatilité des indices boursiers étant estimé entre 3 et 4 milliards de dollars.

De par l’existence d’autres indices similaires (le VNX qui mesure la volatilité du Nasdaq ou le VXD qui mesure celle du Dow Jones entre autres), plusieurs régulateurs financiers ont assuré vouloir étudier ces produits de plus près afin d’en établir le degré de dangerosité.

La question des algorithmes sur les marchés 

Selon une étude de l’European Securities and Market authority (ESMA), 45% des échanges sur les bourses européennes sont gérés par des algorithmes issus du trading haute fréquence. Pour Wall-Street, l’estimation s’élève à plus de 70%. Lorsque la Bourse dévissait début février, les algorithmes allouaient de manière anormale d’autres fonds (notamment des bons du Trésor) pour rééquilibrer les risques de leurs clients, ce qui a contribué à la phénoménale chute.

 

La contagion aux autres Bourses

A plusieurs reprises dans l’histoire, il a été possible de constater qu’une mauvaise santé des marchés américains se répandait inéluctablement sur les autres marchés mondiaux. Ce fut notamment le cas lors du krach boursier de 1929 à la Bourse de New-York, lors de la crise du bath thaïlandais en 1997 ou encore lors de la fameuse crise des subprimes en 2008 au cours de laquelle la plupart des Bourses mondiales connurent leur plus grande crise (-22% à Paris, -24% à Tokyo, -21% à New-York en une semaine).

La correction connue par Wall-Street début février ne fait donc pas figure d’exception : le 6 février, la bourse de Paris ouvrait en baisse de 3,43%, celle de Londres à -3,5% et celle d’Amsterdam à -3,6% tandis que les bourses asiatiques clôturaient avec des baisses encore plus importantes (-5% pour la bourse de Hong-Kong, -3% pour celle de Shanghai…). Les indices boursiers représentatifs des plus grandes entreprises européennes (CAC 40) et chinoises (SSE Composite index) ont été également fortement touchés par cette crise.

e

 

Fin février, que retirer de cette correction ?

Si Wall-Street semble se remettre de la violente correction de la semaine du 5 février en regagnant près de la moitié de ce qu’elle avait perdu, les séquelles n’en sont pas moins visibles. Il est en effet peu probable que les marchés américains retrouvent la stabilité dans laquelle ils ont baigné en 2017. 2018 s’annonce alors être sous le signe de la volatilité pour les indices financiers.

Si cette baisse des marchés boursiers ne s’apparente pas à un krach (dont la définition est une baisse de 20%), elle est malgré tout classifiée comme une correction (assimilée à une baisse de 10%). Ce brusque changement n’aura donc pas de conséquences gravissimes sur l’économie mondiale mais sert de rappel à la réalité pour des investisseurs parfois trop confiants : aucun marché financier n’est prévisible.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s