Notre-Dame-des-Landes : 50 ans d’atermoiements et d’argent public dilapidé

En 1963, John Fitzgerald Kennedy était président des Etats-Unis, et Martin Luther King marchait sur Washington accompagné de 250 000 personnes. C’est également en 1963 qu’est né le projet d’un nouvel aéroport dans le but de dynamiser la métropole nantaise. Alors, dire que le projet de Notre-Dame-des-Landes a trainé en longueur relève de l’euphémisme, et c’est à une problématique vieille de plus de 50 ans qu’a mis fin le gouvernement le 17 Janvier.

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Retour sur 50 ans de négociations infructueuses et de mesures gouvernementales sans suite

Alors qu’apparaît la problématique de l’hypercentralisation des activités autour de Paris dans les années 1960, en même temps que la notion de métropole d’équilibre, la métropole nantaise entame des recherches afin d’implanter un nouveau site aéronautique aux alentours de Nantes et Rennes, doté d’une piste susceptible d’accueillir le Concorde, anticipant ainsi avec beaucoup de clairvoyance l’air du supersonique.

Notre-Dame-des-Landes apparaît rapidement comme le lieu idéal, les enjeux écologiques étant méconnus à l’époque, et c’est ainsi qu’est créée la Zone d’Aménagement Différé (ZAD) en 1974. Les mouvements contestataires commencent dès lors à s’organiser, mais le choc pétrolier et la crise qui s’ensuivit eurent raison des velléités de développement de la région.

Jusqu’aux années 2000. Lionel Jospin, accompagné de son futur successeur Jean-Marc Ayrault, alors maire de Nantes, ressortent ce dossier des cartons. Si cette initiative d’aéroport du Grand-Ouest, n’aboutit pas sous le gouvernement de Jospin, ce n’est que pour mieux échouer par la suite.

Devenu « Projet d’Utilité Publique », le projet NDDL fait l’objet de nombreuses enquêtes, passe entre les mains de différentes commissions, et finalement en 2010, l’appel d’offre pour l’exploitation du site est remporté par Vinci.

Le mouvement contestataire se durcit alors : investissements des lieux par des opposants au projet, grèves de la faim de paysans expropriés, manifestations plus au moins pacifistes… La Zone d’Aménagement Différé devient une Zone à Défendre, parfois par la force, comme lors de l’opération « César », autre échec reluisant du gouvernement en 2012.

Finalement, après un rejet d’un recours par la Conseil d’Etat en 2013, une consultation en Loire-Atlantique remportée par le « oui » à 55% et de nombreuses décisions de justices favorables au projet, le président élu et son gouvernement s’emparent du dossier courant 2017, avec un pragmatisme dont ils retirent une fierté à peine dissimulée.

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Tout cela pour qu’après une énième médiation, la décision soit prise par le gouvernement de rénover l’Aéroport actuel (et ce malgré la promesses d’Emmanuel Macron le 6 Avril 2017 de respecter le vote des citoyens de Loire-Atlantique). Au moment de faire les comptes, il ne faudra pas oublier de prendre un compte l’argent du contribuable et le temps gaspillé en négociation, commissions diverses et interventions policières dans ce dossier.

 

PS et Républicains, unis dans la contestation

Bien entendu, la décision n’a pas manqué de faire réagir les différents responsables politiques, Républicains et PS en tête de fronde. Il faut admettre, que rarement les deux partis, devenus d’opposition, n’ont semblé aussi accordés sur une question d’utilité publique. Il est vrai que s’il existe bien une constante dans l’alternance PS-UMP depuis le début des années 2000, c’est bien l’incapacité de chaque gouvernement à sortir de ce bourbier, sans mauvais jeu de mot.

Dès lors il s’agissait, et ce dès l’après-midi suivant la conférence de presse d’Edouard Philippe, qu’Emmanuel Macron a courageusement envoyé au charbon, d’une compétition sur Twitter pour savoir lequel aurait la réaction la plus indignée, toujours dans l’intérêt du peuple français bien entendu.

De la « capitulation » du gouvernement de Laurent Wauquiez, nouveau chef de file des Républicains, au « déni de démocratie » de Johanna Rolland, maire PS de Nantes, aucun Tweet n’arrivera à la cheville de la toujours aussi pertinente Nadine Morano, qui n’hésita pas à faire le rapprochement entre la décision du gouvernement, l’agression des policiers et la non-expulsion des immigrés illégaux. Chapeau l’artiste.

 

Et maintenant quoi ?

Le premier enjeu sera de régler la note de cet échec. Bien que personne ne remette en cause l’intégrité du groupe Vinci, celui-ci dispose d’un contrat d’exploitation de 55 ans pour l’exploitation d’un aéroport qui ne verra jamais le jour. Et il est peu probable qu’il accepte une annulation pure et simple du contrat paraphé en 2010. Une indemnisation de 350 M€ est évoquée, bien que démentie par Mr. Castaner, Ministre des Relations avec le parlement.

Cette situation n’est pas sans rappeler le milliard d’euros versé à Ecomouv, entreprise franco-italienne qui avait remporté l’appel d’offres pour la collecte et la gestion de l’écotaxe, avant que celle-ci ne soit abandonnée par le gouvernement Valls.

Alors bien que le coût de la rénovation de l’aéroport actuel Nantes-Atlantique soit moins conséquent (entre 365 M€ et 460 M€) que la construction de Notre-Dame-des-Landes (760 M€), ce projet restera dans les annales comme un coûteux échec, au frais du contribuable.

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Il s’agira ensuite d’organiser le retour à la normale sur la zone de non-droit occupé par les zadistes et la situation pourrait rapidement tourner au conflit. Certes, les zadistes ont accepté de libérer les 3 axes de communication traversant le site jusqu’ici bloqués. Mais ils n’entendent pas quitter la terre qu’ils ont défendue, estimant qu’une occupation illégale durant plusieurs années et la décision du gouvernement en leur faveur rendaient légitime une occupation durable des lieux.

Peu probable cependant qu’Edouard Philippe, ex-Républicain qui se respecte, n’accèdent aux requêtes des squatteurs. Il a donné aux zadistes jusqu’au printemps pour quitter le site, et a affirmé qu’il n’hésiterait pas à faire appel aux forces de la gendarmerie en cas de résistance. En espérant que cette intervention des forces de l’ordre, si intervention il y a, ne se solde pas de la même manière que celle du barrage de Sivens.

Maximilien Racon

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