La COP23: que s’est-il passé depuis deux ans?

Hier a débuté à Bonn, siège de la convention climat, la 23e conférence des parties, plus communément connue sous le nom de COP23 (Conference of parties en anglais). Cette conférence est organisée par les îles Fidji et abordera du 6 au 17 novembre des problématiques liées au réchauffement climatique.

Un petit historique

Les premières inquiétudes internationales concernant le climat sont apparues en 1967, avec les premières prévisions d’un réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre d’origine humaine. Ainsi quelques années plus tard, en 1972, les Nations Unies organisèrent la première conférence à Stockholm sur le thème de l’environnement. Le choix de la Suède en tant que pays hôte n’est pas anodin. En effet, c’est l’un des premiers pays à s’être inquiété de l’impact humain sur l’environnement et à avoir mis en place des mesures les plus drastiques.

La première COP s’est déroulée en 1979 à Genève, et depuis 1995 la majorité des pays se réunissent annuellement afin d’entériner des accords sur des problématiques environnementales. Toutes les COP n’ont pas le même impact politique et médiatique. Pourquoi ? Certaines ne font que confirmer des accords décidés lors de COP plus déterminantes. La COP3 de 1997 figure parmi les plus importantes, celle-ci a en effet mis en place le fameux protocole de Kyoto. Pour rappel, cette conférence visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5% d’ici 2012. Elle eut un certain retentissement médiatique notamment du fait de la la non ratification de ce traité par la grande puissance américaine. La 21e conférence, qui s’est d’ailleurs déroulée à Paris, fait également partie des conférences emblématiques.

Récap’ de la COP21

La conférence de Paris sur le climat de 2015 a donné lieu à l’Accord de Paris qui a été validé par tous les participants. La ligne principale de cet accord est la limitation du réchauffement climatique entre 1,5 et 2°C d’ici 2100 – sachant que depuis 1880 la température moyenne de la Terre a déjà augmenté d’1°C.

L’accord prévoit également une hausse de 100Mds de $/an du Fond Vert pour le climat. Celui-ci devra notamment servir à la réorientation de l’économie mondiale vers la fin de l’utilisation des énergies fossiles. L’accord de Paris est volontairement juridiquement contraignant et pour rentrer en vigueur, il est nécessaire qu’au moins 55 pays responsables d’au moins 55% des émissions le ratifient. Ainsi le 4 novembre 2016 le traité est entré en vigueur.

Néanmoins, les Etats-Unis, qui représentent 14,3% des émissions, soit le deuxième plus gros émetteur derrière la Chine (29,4%), semblent avoir une position floue avec une éventuelle sortie de l’accord en 2020. C’est notamment pour cette raison que notre fameuse COP23 semble plus cruciale que prévue.

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Diagramme des émissions de gaz à effet de serre par pays

 

De quoi va-t-on parler durant la COP23 ?

La COP23 est présidée pour la première fois par un petit état insulaire, les Fidji. Elle se déroule pour des raisons logistiques à Bonn en Allemagne, l’organisation de ce genre d’événement coûte effectivement des dizaines de millions d’euros (la COP21 avait coûté à la France 170 millions d’euros) et l’accueil de milliers de participants en plein milieu de l’océan et sur le dernier fuseau horaire n’est pas tâche facile.

Cette COP constitue une étape transitoire décisive deux ans après l’Accord de Paris. Effectivement, la limitation d’un réchauffement entre 1,5 et 2°C semble déjà être mal partie puisque notre surface terrestre se dirige vers un réchauffement de +3°C selon une étude récente des Nations Unies. De plus l’année 2017 n’a pas été sans catastrophes climatiques : supers ouragans dévastateurs dans les Antilles et en Floride, feux violents au Portugal ou en Californie, tremblement de terre historique au Mexique. L’année 2017 pourrait donc être « une année record en termes de coût humain, social et économique des catastrophes naturelles » selon le Programmes des Nations-Unies pour l’environnement.

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Feu au Portugal

Malgré la ratification de l’Accord de Paris par 168 pays, le retrait possible des Etats-Unis porte un coup dans ce processus et rend cette COP23 bien plus politique que prévue.

En 2015, le président américain Barack Obama avait entériné l’Accord de Paris, mais son successeur Donald Trump a cette année fait volte-face et annonçait que les Etats-Unis resteraient membre de cet accord uniquement si de « bonnes conditions » leur étaient réservées. Bon, ses conseillers l’ont raisonné et une délégation américaine est donc finalement présente à la COP23 avec comme objectif principal la protection des intérêts américains – surtout face à leur grand rival, la Chine. Les autres participants vont devoir ainsi tenir tête à la puissance américaine et rester fermes sur les objectifs signés lors de la COP21.

Autre thématique de cette conférence : les espaces insulaires. Présidée par les îles Fidji, la COP23 compte attirer l’attention sur les menaces pesant sur les Etats et habitants des océans.

Vers la fin des vacances dans les îles paradisiaques ?

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Une des îles des Maldives

Si les Fidji président cette COP23, c’est notamment parce que le pays est personnellement concerné par les conséquences du réchauffement climatique, à l’instar d’autres Etats insulaires. Les îles Fidji ont été frappées en 2016 par le cycle Winston qui a causé le décès de dizaine de personnes et le déplacement de 55 000 habitants des îles avec des dégâts s’élevant à un cinquième du PIB de l’Etat fidjien.

Les milieux océaniques font partie des premiers concernés par le réchauffement climatique. L’élévation du niveau océan pourrait augmenter d’un mètre supplémentaire au XXIème siècle au rythme actuel, la fonte totale du Groenland pourrait croître de 7 mètres du niveau des océans (sur plusieurs siècles). Ainsi il existe un réel risque de disparition pour les petits Etats insulaires en développement dont le point culminant ne dépasse pas 5 mètres (Maldives, Polynésie, les îles Tuvalu ou Kiribati …). Pour que ces îles ne soient pas rayées de la carte, il faudrait limiter strictement le réchauffement climatique à 1,5°C. Prendriez-vous donc (enfin) conscience des enjeux actuels du réchauffement climatique, si vous, futurs grands financiers, vous ne pourriez bientôt plus passer vos vacances aux Seychelles dans un hôtel en bord de plage à siroter votre Gin Fizz Concombre ?

Des enjeux environnementaux de plus en plus alarmants

La COP23 a également pour objectif de préparer la conférence de 2018 en Pologne avec un rehaussement des ambitions tenues lors de la conférence de Paris. Effectivement les chiffres actuels semblent alarmants. La semaine dernière l’Organisation météorologique mondiale a publié des chiffres sur la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Ceux-ci sont anormalement élevés : 403,3 parties par million (ppm). A partir de 100 000 ppm, si l’on s’expose plus de 10 minutes à cet air, c’est la mort assurée. Nous en sommes certes loin mais à titre indicatif, pendant la période préindustrielle la concentration était de 278ppm.

Cependant les Etats concernés ne semblent pas prendre les mesures adéquates face à ces chiffres de plus en plus alarmants, les engagements actuels ne couvriraient en effet qu’un tiers des réductions d’émissions nécessaires. Une solidarité entre les pays est dès lors nécessaire notamment envers les pays en développant, l’enveloppe prévue pour cette aide fixée lors de la COP21 semble déjà être hors d’atteinte.

A l’instar des Etats-Unis, les intérêts économiques des pays apparaissent être primordiaux face aux problématiques environnementales. C’est pourquoi, il sera nécessaire durant cette COP d’afficher une mobilisation sans faille et de rester unis notamment face aux contestations américaines. Car comme l’a précisé Edgar Gutierrez Espeleta, président de l’Assemblée générale des Nations Unies pour l’environnement : « Washington dit que [l’accord de Paris] n’est « pas juste » pour les Etats-Unis. Or je me souviens, quand le président Trump l’a dit à New York à l’Assemblée générale (de l’ONU), d’autres pays ont applaudi ».

Camille Nagabbo

 

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